Dictionnaires techniques. Dans les coulisses.

Traduction Martine JOULIA.

Chers collègues,

Avant de laisser place à la traduction de l’entrée la plus visitée du mois de mai,  j’aimerais faire un court aparté pour, au nom de proTECT project, souhaiter la bienvenue à Mary Black, qui se chargera désormais de traduire les entrées en anglais. Vous ne croyiez tout de même pas que nous allions ignorer la langue internationale par excellence, non ? Vous pouvez consulter la page equipo pour mieux connaître Mary.

Voici donc maintenant l’entrée la plus visitée du mois dernier (quant à moi, je vous remercie).

Òscar Aznar Alemany

Coordinateur des traductions

 

Òscar Aznar est un ancien camarade de la faculté de TeI, à l’Universitat Autònoma de Barcelona ; en fait, nous avons même travaillé en équipe plusieurs matières. Curieusement, il conciliait les études de TeI avec un DESS de chimie. À la fin du cursus, nous nous sommes perdus de vue quelque temps. Quand j’ai retrouvé sa trace, il m’a raconté qu’il travaillait à l’élaboration d’un dictionnaire de chimie. J’ai pensé qu’il serait intéressant qu’il nous en parle, d’autant que je n’avais pour ma part jamais eu l’idée de m’aventurer professionnellement de cette manière en tant que traductrice ; j’avais choisi un débouché plus classique : travailler en freelance pour des clients directs et des agences. Òscar va donc évoquer son expérience dans le cadre de ce projet et entrouvrir pour vous les portes du monde de la fabrication des dictionnaires spécialisés. Mais avant tout chose, voici une brève présentation qui devrait vous aider à mieux comprendre ses réponses :

Òscar Aznar Alemany, chimiste (Universitat de Barcelona, UB) et traducteur dans la combinaison EN, PT > CA, ES (Universitat Autònoma de Barcelona, UAB), s’est spécialisé en suivant un master d’analyse chimique (UB) et un autre de correction linguistique en catalan (UAB). Il concilie l’enseignement de l’anglais avec des projets linguistiques tel que le volontariat en matière de traduction de sous-titres pour TED (www.ted.com) ou, professionnellement, la correction de thèses de doctorats ou encore des collaborations avec le TERMCAT (centre de terminologie de la langue catalane).

C’est un choix peu commun. Qu’est-ce que t’a incité à mener de front des études de chimie et de traduction ?

J’ai toujours eu autant d’intérêt pour les sciences pures que pour les langues. Dans mon esprit, elles se présentaient comme deux phénomènes très semblables : des systèmes naturels (par opposition à artificiels) régis par des règles implicites mais déductibles. En somme, des jeux de décodification et de codification. D’abord, je me suis inscrit en chimie, parce qu’il était plus simple de se former en langues qu’en sciences expérimentales hors de l’université. Néanmoins, lorsque j’ai terminé le premier cycle de DESS, une amie qui étudiait la traduction et l’interprétation m’a dit qu’il était possible d’accéder au second cycle de son cursus ; je ne pouvais pas laisser passer cette chance de formation universitaire dans un domaine qui me passionnait.

À l’issue de ces deux cycles d’études, quelles étaient tes perspectives professionnelles ? La collaboration à l’élaboration du dictionnaire a été ton premier travail en qualité de professionnel ? Comment l’as-tu obtenu ?

Je me voyais avec un travail stable dans un laboratoire, à mi-temps, pour m’assurer un salaire de survie et pouvoir consacrer l’autre moitié de la journée à la traduction et à la correction de textes scientifiques et techniques. En fait, j’ai remplacé le laboratoire par des cours d’anglais parce que les horaires sont plus marqués (au labo, on dépend parfois de l’expérience, et il faut arriver tôt ou partir tard) ; et puis, à mon avis, il y a beaucoup de scientifiques, mais pas assez de professionnels pour travailler leur langage. J’ai commencé par corriger deux thèses de doctorat et un travail de fin de master pour des copines du département de chimie analytique, à l’université. Ensuite, plus par curiosité que par réelle décision, j’ai envoyé mon CV à  TERMCAT et ils m’ont contacté. J’ai pris part à la première phase de l’actualisation du Diccionari enciclopèdic de medicina d’Enciclopèdia Catalana et, après cela, ils ont fait appel à moi pour sortir le dictionnaire de chimie de l’ornière.

Comment le projet (ou le dictionnaire s’intitulait-il) et combien de personnes participait à sa conception ? Quel était le travail de chacune ou comment le travail était-il réparti ?

Bizarrement, il s’appelle Diccionari de química, sans plus. Beaucoup de gens ont pris part au projet, à un moment ou un autre ; une trentaine de personnes, je dirais, peut-être davantage. Lors de la phase de rédaction, les spécialistes de chaque domaine de chimie entre lesquels le dictionnaire avait été divisé ont écrit les termes et leurs définitions en catalan, en plus des dénominations en espagnol et en anglais. Pour la révision thématique, d’autres experts devaient corriger le contenu scientifique. Puis venait une correction linguistique par les terminologues de TERMCAT, et enfin une ultime révision par les responsables du projet.

Combien de temps le projet a-t-il duré ?

Disons qu’il s’agit d’un dictionnaire ancien. Je n’y ai participé qu’à partir de fin  2011, alors je ne puis que supposer. La rédaction d’un domaine peut réclamer de deux semaines et deux mois, voire trois ou quatre en fonction de l’étendue du sujet et des heures que l’on y consacre. Les rédacteurs étant pour la plupart des professeurs universitaires, cela peut doubler, voire tripler. C’est la révision thématique qui a fait stagner le projet, car certains spécialistes se sont acquittés de manière discutable de leurs engagements et de nombreux domaines n’ont pas été corrigés. J’ai su qu’en 2007 l’un d’eux avait fait l’objet d’une révision linguistique, mais c’est à peu près tout. Comme les auteurs, des professeurs universitaires, avaient du travail à revendre en raison de la splendide distribution de ressources à l’œuvre dans ce pays, il n’y a pas eu de pression pour aller de l’avant ; le TERMCAT poursuivait ses très nombreux autres projets. Jusqu’à l’apparition d’un jeune homme enthousiaste, d’allure responsable, avec une formation de chimiste et de linguiste, et en plus séduisant. Ils m’ont donc confié les révisions thématiques et linguistiques, à la fois, avec l’intention de transformer un travail de deux mois à dix personnes en tâche de vingt mois assurée par une seule ; il n’y avait pas le feu et on obtiendrait ainsi un résultat plus homogène.

Tu m’as dit que le projet n’a pas vu le jour faute de financement. Quelles ont été exactement les causes de la paralysie du projet ? Peut-on faire quelque chose pour y remédier ?

Le TERMCAT est un organisme public qui manipule un grand nombre de projets et, chaque année, le budget de plus en plus étroit qui est consacré à chacun est réétudié. Ce projet n’est pas prioritaire, pas même pour ses auteurs (qui ont suffisamment à faire avec leurs propres activités), c’est pourquoi il est encore en attente. Un gouvernement capable d’une meilleure gestion ou un riche mécène serait le bienvenu. Actuellement, je dirais qu’il manque une année de travail.

Que deviendra le matériel existant si le projet ne va pas à terme ?

Pour l’instant, il est prévu de le terminer, alors la question n’a pas été posée, à ma connaissance. Comme la révision a lieu par domaines thématiques, je suppose qu’on pourrait publier des mini-dictionnaires spécifiques. Au reste, on pourra toujours ajouter les termes dans la base de données publique de TERMCAT.

Sais-tu si ce genre de cas est fréquent ?

Malheureusement, il semblerait que ça arrive partout et dans tous les boulots de nos jours.

Et l’équipe, qu’est-elle devenue ? Quels sont tes propres plans à venir ? Envisages-tu de continuer à travailler dans tes deux spécialités ?

L’équipe, ces deux dernière années, se réduit à une responsable de TERMCAT et à moi-même. Elle continue d’autres dictionnaires et moi je profite d’un repos bien mérité pour expérimenter la formation en ligne et me consacrer à tout ce qu’on ne fait jamais « faute de temps ». J’envisage de faire un master spécifique de traduction scientifique, d’écrire un best-seller et de vivre de mes rentes. À vrai dire, je ne sais pas, j’ai tendance à improviser ; mais j’ai bien l’intention de continuer à travailler avec le langage scientifique.

As-tu quelque chose à ajouter, qui te parait important à dire ?

Je te parlerais bien de Doctor Who et Downton Abbey, mais j’ai l’impression, malgré tout, qu’on serait un peu hors sujet…

J’avais oublié cet humour Òscar, merci beaucoup d’avoir accordé cet entretien à proTECT project ! Je suis certaine qu’il suscitera beaucoup d’intérêt.

Amaia

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About proTECT project

iniciativa en pro del acercamiento entre técnicos y traductores especializados y en busca de la calidad técnica y lingüística óptimas de la documentación que generan. Si quieres colaborar, puntual o habitualmente, ponte en contacto con nosotros en proTECTproject@ymail.com

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