Dictionnaire anglais-espagnol de technologie nucléaire.

par Vicente ABELLA. Traduction par Martine JOULIA.

En tant que traducteur issu du nucléaire, qu’il existe un dictionnaire anglais-espagnol sur un domaine aussi particulier que la technologie nucléaire, outil qui m’a épargné des recherches sans fin et de terribles maux de tête, est quelque chose qui m’a toujours fasciné. Toutefois, le fait qu’il soit aujourd’hui disponible entièrement et gratuitement me séduit encore davantage, de même que ce qui en découle, à savoir le travail à la fois ardu et altruiste de ses auteurs. Le dictionnaire anglais-espagnol de technologie nucléaire a été publié pour la première fois en 1998 par le Forum Nucléaire, puis il a été considérablement revu et augmenté lors de sa seconde édition en 2008, publiée grâce au parrainage de Tecnatom et du Forum Nucléaire. J’ai eu aujourd’hui la chance d’interviewer Agustín Tanarro Onrubia, auteur et fils de l’autre auteur du dictionnaire, Agustín Tanarro Sanz, et de l’interroger sur sa participation à l’élaboration du glossaire, Je tiens ici à le remercier d’avoir accepté de répondre aussi promptement à mes questions, ainsi que de l’avoir fait avec autant d’amabilité et de proximité. Voici donc le résultat de cet entretien.

Agustín, comment est né l’idée d’élaborer un dictionnaire bilingue de termes associés à l’énergie nucléaire ? À quelles nécessités du secteur cela répondait-il ?

Lorsque mon père, professionnel lui aussi du secteur nucléaire pendant plus de 35 ans au CIEMAT (ancien Assemblée d’énergie nucléaire), auteur de plusieurs ouvrages techniques et coauteur du dictionnaire, a pris sa retraite en 1986, il a reçu plusieurs propositions pour rester en contact et poursuivre d’une certaine manière ses activités dans le secteur en donnant des cours dans le cadre de masters et de cours de 3ème cycle, et en collaborant à la traduction de textes techniques, essentiellement des rapports d’expérience opérationnelle émis par des organisations internationales telles que l’INPO et la WANO.

À l’époque, j’étais pour ma part en train de terminer les études à l’École supérieure des ingénieurs industriels de Madrid et j’entamais une carrière professionnelle à Tecnatom, où je viens de fêter mes 25 ans de collaboration ; j’ai donc commencé à l’aider dans son travail de traduction, et j’ai fini par y participer activement pendant plus de 20 ans.

Au fil de la traduction de ces rapports (près d’un millier), nous avons rencontré des termes très spécifiques du “jargon” de la technologie nucléaire que nous ne trouvions dans aucun dictionnaire technique et qui nous demandaient parfois un travail de recherche auprès de confrères et d’experts reconnus de différentes disciplines. Afin de rassembler les résultats de ces recherches, nous dressions des listes de “termes rares” susceptibles de nous aider dans notre propre travail.

Lorsque ces listes ont représenté un certain volume, nous nous sommes dit qu’elles pouvaient être utiles à pas mal de gens liés aux diverses branches de la technologie nucléaire, qui travaillent souvent avec des documents en anglais. Aussi, encouragés par les responsables du Forum Nucléaire, nous nous sommes attelés, à partir de ces listes, à la première édition du dictionnaire, qui a été publiée par le Forum Nucléaire en 1998.

Après la première édition du livre, poursuivant pour ma part mes activités professionnelles chez Tecnatom et sans abandonner les travaux de traduction, nous avons continué de collecter des termes et de revoir ceux que nous avions d’ores et déjà rassemblés, ce qui nous a conduits à doubler pratiquement le volume de l’ouvrage lors de sa seconde édition, parrainée par Tecnatom et le Forum Nucléaire et publiée en 2008, quelques mois avant le décès de mon père.

Depuis, et bien que j’ai laissé les tâches de traduction, je continue en solitaire à collecter les termes et les définitions que je rencontre dans mon travail, pour le cas où une nouvelle édition serait envisagée à un moment ou un autre.

Quels ont été les objectifs initiaux et à quels publics le dictionnaire bilingue et monodirectionnel était-il adressé ? Quels champs de l’énergie nucléaire recouvre-t-il (réacteurs, protection radiologique, médecine…)?

L’objectif était de mettre notre activité à profit pour produire un livre de consultation capable d’aider le plus grand nombre de personnes liées à notre domaine professionnel. C’est pourquoi nous nous sommes fixé l’objectif, certes ambitieux, de tâcher de couvrir autant que possible tous les domaines associés à la technologie nucléaire et aux disciplines affinitaires afin de créer une œuvre aussi complète que possible. Évidemment, sur la base de notre expérience professionnelle, il était inévitable que nous traitions certains domaines plus en profondeur que d’autres.

Toujours pour aider le plus grand nombre de personnes possible et assurer au dictionnaire une diffusion plus large, nous avons choisi de le publier par le biais du Forum Nucléaire, qui l’a distribué gratuitement à toutes les personnes qui l’ont demandé, puis, une fois que les copies papier ont été épuisées, a permis d’en télécharger la version en format PDF sur son site web (http://www.foronuclear.org/es/publicaciones-y-documentacion/publicaciones/diccionario-tecnologia-nuclear-ingles).

Au sujet de la version électronique du livre, je voudrais dire qu’elle présente l’avantage supplémentaire de faciliter la recherche terminologique inverse (espagnol-anglais), à la faveur de la fonction recherche d’Acrobat, ce qui a contribué à nous dissuader d’étoffer l’ouvrage d’une version espagnol-anglais, qui ne représenterait pas une capacité additionnelle significative pour le lecteur hispanophone.

Vous étiez spécialiste de la thématique du dictionnaire, mais dépourvu d’expérience (ou de formation) dans le domaine linguistique et terminologique. Quels ont été les principaux défis que vous avez dû relever pendant le travail ?

Pour que le livre soit utile, nous avons essayé à tout moment de le rendre aussi complet que possible, en étoffant très souvent la traduction des termes par des explications et en donnant à la clarté la primauté sur la rigueur linguistique. À la différence d’autres ouvrages et produits similaires tels que les glossaires de la Société nucléaire espagnole, du Conseil de sécurité nucléaire ou de l’Agence internationale de l’énergie atomique, notre idée consistait, comme je l’ai dit, à concevoir un dictionnaire aussi complet et pratique que possible pour le professionnel et l’étudiant ayant un rapport avec la technologie nucléaire, mais en aucun cas un ouvrage susceptible de servir de base à une quelconque normalisation ou règlementation technique, législative ou linguistique.

En fonction de ces prémisses, le manque de formation spécifique dans le domaine de la linguistique n’a pas représenté un obstacle majeur et, dans tous les cas, je crois que les corrections croisées continuelles auxquelles les deux auteurs ont soumis leur travail, ainsi que les contributions de leurs confrères et, en dernier terme, la collaboration de l’éditeur, ont donné à l’ouvrage la qualité de correction suffisante pour que l’objectif en soit atteint : être un outil de consultation pratique.

Quel enseignement tirez-vous de cette expérience et quels conseils donneriez-vous pour de futures élaborations de dictionnaires techniques ?

Même si nous ne visions pas la rigueur extrême en matière de définition et de gloses, le fait d’essayer de maintenir une exactitude et un niveau technique appropriés lors du développement nous a exigé d’approfondir dans de nombreux domaines liés à mon champ professionnel, mais n’en relevant pas strictement, ce qui m’a donné une vision plus large des multiples aspects et disciplines associés à la technologie nucléaire.

Par ailleurs, notre expérience montre que ce type de travaux impliquent un travail de collecte et de recherche continu, la moisson de termes demandant des années, et qu’on ne peut pas les envisager, au moins avec les objectifs exposés, comme un travail intensif à mener dans un laps de temps limité en partant de zéro.

About proTECT project

iniciativa en pro del acercamiento entre técnicos y traductores especializados y en busca de la calidad técnica y lingüística óptimas de la documentación que generan. Si quieres colaborar, puntual o habitualmente, ponte en contacto con nosotros en proTECTproject@ymail.com

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